École de production de l’Icam Paris-Sénart

L’école de production de Paris-Senart, jumelée à l’Icam, fait partie du réseau Loyola Formation que soutient la Fondation Ginette. Olivier Gouraud, membre du comité Ginette Alumni, y a rencontré Ibrahima Diallo, 16 ans, élève en fin de formation qui lui raconte son parcours et sa chance inespérée d’accéder à une véritable formation professionnelle grâce à l’École.

 

«J’ai vécu beaucoup de choses… », répond doucement Ibrahima lorsqu’on l’interroge sur le chemin qui l’a mené jusqu’en France. Aujourd’hui âgé de 16 ans, il évoque avec pudeur un passé encore récent et pourtant déjà lointain. Lorsqu’il quitte la Guinée avec son oncle voici trois ans, il traverse en quelques mois, comme tant d’autres migrants, le Mali, l’Algérie et la Libye. Là, « avec mon oncle, on s’est séparés avant l’Italie parce que les femmes et les mineurs ne sont pas sur le même bateau que les hommes. J’ai eu de ses nouvelles après un an et demi, il est en Allemagne ».

 

 

Olivier Gouraud et Ibrahima Diallo

 

 

Accepté et content

En Italie, perdu, il dit à des migrants adultes qu’il veut venir en France, dont il a commencé à apprendre la langue, et finit par y arriver. Reconnu mineur par les services sociaux, il est installé à Melun pendant quelques mois avec ses éducateurs. « On cherchait des stages mais j’étais trop jeune. Puis un jour, ils m’ont dit qu’il y avait une école que je devais visiter. Je l’ai vue, ça m’a plu, j’ai fait un essai d’une semaine. Après j’ai été accepté, j’étais content. ». Cette école, c’est l’école de production crée par l’Icam Paris- Sénart en 2015, qui fait partie du réseau international d’écoles d’ingénieur Icam (Institut Catholique d’Arts et Métiers, fondé en 1898 à Lille par deux industriels et des jésuites).

Un bon métier

Pour Ibrahima le migrant guinéen mineur, c’est une chance inespérée. « J’ai vu que c’était bien à travers les explications des professeurs et des élèves. Ils m’ont dit que c’était un bon métier ». Désormais en deuxième année de CAP, il apprend à utiliser des machines de pièces usinées, alternant cours théoriques et atelier.

« Il faut savoir régler une machine, la lancer, la programmer manuellement et numériquement, vérifier ce qu’elle produit. On apprend aussi à faire des plans, des cotes, mesurer une pièce…»

Ils sont douze élèves, aux parcours uniques. « Il n’y a pas vraiment de partage, on n’a pas envie de dire son histoire, » explique Ibrahima, marqué par les conditions de sa migration. « Cependant, être là, c’est un miracle! Je ne savais pas que j’allais faire çà. Quand je suis arrivé, je ne savais pas où dormir, où manger… »

 

Une aide généralisée

Réservé sur son histoire mais pas dans le don de son temps et de son savoir. « J’ai ici mes meilleurs amis! Si on a une heure, on discute entre nous, on se dit des choses, on s’aide». Distingués par des vêtements de travail différents entre les premières et les secondes années, chacun s’emploie à partager ses connaissances, dans l’esprit propre à l’Icam. « On aide les premières années, on leur montre comment faire parce qu’on n’a pas oublié même si on ne travaille pas sur les mêmes machines. On a aussi des pièces à faire et un temps limité, selon les demandes des clients». Beaucoup d’entreprises s’adressent en effet à l’école pour commander des pièces usinées, ce qui permet aux élèves de comprendre les besoins de l’industrie.

La promesse d’un avenir

L’école est neuve, propre, et les ateliers, bien rangés pour un apprentissage à la fois humain et professionnel. La remise des diplômes à la 1ère promo de l’école est d’ailleurs une fête pour tout le monde. « On les félicite ! On a fabriqué une pièce pour leur donner en cadeau ».

Ibrahima envisage son avenir avec envie. « Comme le métier me plaît, je vais continuer les études par un bac pro. Si j’ai mon diplôme, ils vont m’aider à faire un CV, une lettre de motivation. Je verrai si je continue par un BTS. Je pourrai revenir au pays, ou aller au Québec après le bac parce que j’ai envie de découvrir. Ils ont besoin de gens ! »

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